Festival du livre de Paris : pas de place pour l’Outre-mer

Festival du livre de Paris
Festival du livre, le week-end dernier, Foire de Paris, cette semaine, les grands rendez-vous culturels et festifs se succèdent dans la capitale et sur le reste du territoire français, après deux années d’absence, pour cause de crise sanitaire. La pandémie de Covid-19 avait mis en sommeil ces grandes manifestations et c’est avec enthousiasme qu’elles sont accueillies à nouveau.

Samedi 23 avril 2022, premier jour du Festival du livre, on entre dans une fourmilière, ça bouge dans tous les sens. Les stands, collés les uns aux autres, donnent l’impression d’un désordre organisé. Il semble que cette disposition et cette circulation sans code soient de la volonté de la société organisatrice, montée par le Syndicat national de l’édition, pour remettre sur pied ce rendez-vous, en un lieu différent que les années précédentes. Terminé la Porte de Versailles, place au Grand Palais éphémère du Champ de Mars. D’un stand à l’autre, d’une animation à l’autre, on avance jusqu’à l’espace réservé à l’Inde.

Les lettres indiennes à l’honneur

Les auteurs indiens étaient à l’honneur à ce Festival du livre de Paris.

Cette année, le salon devenu festival met à l’honneur la richesse et la diversité des lettres indiennes. Il y a tellement à lire, à voir, à écouter sur le site de cet événement littéraire majeur. Jean Samuel Sahaï, auteur indo-guadeloupéen, aurait parfaitement eu sa place à ce festival. Mais impossible d’y trouver son ouvrage Adagio pour la Da, résultat d’un travail de recherche approfondi sur les Indiens des Antilles, de Henry Sidambarom à Aimé Césaire. Tiens ! Tiens ! Parlant d’Aimé Césaire, on penserait plutôt à la Négritude qu’à l’Indianité, sauf pour ceux qui ne connaissent pas tout de lui. Raphaël Confiant, qui ne fait pas partie de ceux-là, a eu l’occasion d’écrire que « dans la Négritude de Césaire, il y a eu une part non négligeable d’Indianité. »
Et pour cause ! L’auteur de Chronique d’un retour au pays natal est né dans la commune de Basse-Pointe (nord de la Martinique), à forte population d’origine indienne. D’ailleurs, sa nourrice (appelée da, en Martinique et mabo en Guadeloupe) était d’origine indienne. « C’était, dans les familles qui pouvaient se l’offrir, la seconde mère, la servante attentionnée qui était attachée à l’enfant et veillait à son confort et à sa bonne éducation », rappelle Jean Samuel Sahaï.

Une veste jaune, comme le soleil des îles

Festival du livre, François-Xavier Guillerm
François-Xavier-Guillerm, auteur de La Veste Jaune.

Fin de la halte au salon Eiffel réservé à l’Inde, où les conférences se déroulent en anglais. Partons à la recherche des auteurs et éditeurs antillais. Impossible de les trouver eux aussi ? Oh non ! Les livres venus des territoires lointains de la France sont par-ci par là. L’Outre-mer, comme on les appelle, n’a pas sa vitrine à ce festival. C’est un peu gênant. Alors, on repère un stand qui pourrait porter les couleurs de cette France à part. C’est le Pavillon africain. C’est là que nous croisons quelqu’un qui connaît très bien les îles de Guadeloupe. Il a déjà écrit plusieurs ouvrages qui ont pour décor cet archipel, qui semble toujours vouloir faire à sa tête, comme on a pu le voir lors de la dernière élection présidentielle. La personne que nous rencontrons a déjà publié ses deux essais (In)dépendance créole (2007), Le Sang de Nègres (2015) et un polar Erreur de frappe (2019). Il a également participé à un recueil collectif de nouvelles Destination Martinique (2021).

Un tour d’horizon de plusieurs événements


Cet auteur n’est autre que François-Xavier Guillerm, journaliste, correspondant permanent de France-Antilles et de France-Guyane, à Paris. Vêtu d’une jolie veste jaune, il est facile de faire le rapprochement avec son dernier ouvrage, La Veste jaune, un polar auquel on s’accroche dès qu’on entre dans les premières pages. Sur fond de luttes sociales et anti-colonialistes, FXG fait un tour d’horizon de plusieurs événements. Ses personnages sont inspirés de ses rencontres et de ses échanges avec les Guadeloupéens.

Ce livre est un condensé de la complexité de la situation post-coloniale que vivent les Guadeloupéens, qui peuvent, pour certains, se reconnaître facilement dans le personnage de Sylvère. Guadeloupéen par son père, il vit depuis ses 20 ans dans l’Hexagone, où sa mère a ses racines, mais son combat, c’est la libération de sa terre natale.

FXG a voulu proposer une politique-fiction, qui se lit avec plaisir.

Mohamed a la cote au festival du livre

Festival du livre de Paris, Mohamed Mbougar Sarr
Mohamed Mbougar Sarr en dédicace au Festival du livre de Paris.

Dans les différents espaces, les auteurs sont nombreux à donner des conférences, à répondre aux sollicitations des lecteurs, à dédicacer leurs livres. Certains ont plus de succès que d’autres. Au détour d’un stand, une longue file d’attente s’est constituée. Tout le monde a un livre en main, le même, La plus secrète mémoire des hommes, Prix Goncourt 2021. Si cette file d’attente s’allonge, c’est parce que l’auteur, Mohamed Mbougar Sarr, est annoncé. Le Prix Goncourt 2021 multiplie les dédicaces sur la scène centrale, puis au stand de son éditeur.

Le rideau est tombé sur le Festival du livre. Aujourd’hui, c’est la Foire de Paris qui accueille le public, au Parc des expositions de la Porte de Versailles. Pas d’inquiétude, les Français venus des terres lointaines seront bien là. Plusieurs délégations sont attendues pour mettre en valeur les richesses des pays tropicaux, tout en couleur, en saveur et en créativité. Alors rendez-vous Porte de Versailles.

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