Le groupe des Outre-mer n’est plus UTILES, mais LIOT

Le groupe Outre-mer à l'Assemblée nationale

Le groupe des Outre-mer UTILES (Ultramarins, Territoires, Insularités, Libertés, Égalités et Solidarités) a failli être une réalité. Il a disparu au profit de LIOT (Libertés, Indépendants, Outre-mer et Territoires), qui se définit comme un groupe d’opposition. Après plusieurs jours d’échanges entre les députés venus des territoires ultramarins et d’autres de l’Hexagone, il a été mis en place et présenté, ce mardi 28 juin 2022, à l’occasion de la séance d’ouverture de la XVIe législature. Cependant, sa composition n’est pas celle qu’auraient pu attendre les populations des Outre-mer. C’est d’ailleurs la vraie raison de la modification de son appellation initiale. Outre cet élément, la tête de ce groupe interpelle. LIOT compte à sa tête deux députés sortants, qui ne viennent pas des Outre-mer, mais de l’Hexagone : Bertrand Pancher (1re circonscription de la Meuse) et Christophe Naegelen (3e circonscription des Vosges). Max Mathiasin est seulement 2e vice-président en charge des problématiques des Outre-mer. Une coprésidence entre un Français d’Europe et un Français des mers lointaines aurait été plus logique et compréhensible.

Le groupe des Outre-mer construit sur les fondations de Libertés et Territoires

Bertrand Pancher faisait déjà partie, lors de la mandature précédente, du groupe Libertés et Territoires. À ses côtés se trouvent d’anciens camarades de groupe, les députés nationalistes corses Michel Castellani (Haute-Corse 1re), Jean-Philippe Aquaviva (Haute-Corse 2e) et Paul-André Colombani (Corse-de-Sud 2e). Sont également membres Charles de Courson (Marne 5e) et Paul Molac (Morbihan 4e). Au sein de LIOT, on trouve donc six des sept membres de l’ancien groupe Libertés et Territoires. Seul Olivier Falorni n’a pas jugé bon d’y adhérer, préférant séiger chez les non-inscrits.

À ceux-là, il faut ajouter, avec Christophe Naegelen, Guy Bricot (Nord 18e), Pierre Morel-à-l’Huissier (Lozère 1re) et Jean-Luc Warsmann (Ardennes 3e), tous issus de l’Union des démocrates et indépendants (UDI). Ce sont donc bien dix des quinze membres qui n’ont aucune attache avec ces territoires d’Outre-mer.

Un travail monstre, mais mal payé

Alors, où sont passés les députés ultramarins ? Ils sont là, noyés dans le groupe : la Réunionnaise Nathalie Bassire (divers droite), le Saint-Pierrais Stéphane Lenormand (divers droite soutenu par Ensemble), la Mahoraise Estelle Youssouffa (divers) et les deux Guadeloupéens à l’initiative de cette union, Olivier Serva (divers gauche) et Max Mathiasin (divers centre).

Ils ont abattu un travail monstre pour réussir ce projet, mais force est de constater qu’ils n’ont pas tout à fait réussi le défi. Leur communiqué de presse explicatif et leurs interventions médiatiques notamment sur Eclair TV présentent les choses différemment, mais ne convainc peut-être pas tout le monde.

Après l’échec de 2017 où ils n’avaient pu rassembler que treize députés — alors que pour qu’un groupe soit créé, il faut un minimum de quinze membres —, ils n’ont pu en réunir que quinze et pas un de plus, au lieu des vingt-cinq attendus et annoncés ici et là. C’est bien la preuve de la difficulté qu’il y a eu à mettre en place cette structure parlementaire censée porter les doléances et revendications de l’ensemble de territoires confrontés aux méfaits de l’isolement par rapport à Paris.

Le groupe des Outre-mer face à des intérêts politiques divergents

Olivier Serva et Max Mathiasin n’ont même pas réussi à convaincre leurs deux collègues guadeloupéens (divers gauche), Elie Califer (apparenté socialiste) et Christian Baptiste (Parti progressiste et de démocratique de la Guadeloupe). Le choix de ces derniers s’est en effet porté sur la Nouvelle union populaire, écologique et sociale (NUPES), qui, dans les prochains mois, aura besoin de toutes ses forces face à une majorité présidentielle et un Rassemblement national, qui comptent lui faire payer son arrogance et ses attaques lors des deux dernières campagnes électorales. Un temps soutiens de la majorité présidentielle, Max Mathiasin et Olivier Serva ont vite fait de montrer leurs différences et de prendre leur distance. Ils se sont battus jusqu’au bout, pour tenter de convaincre un maximum de députés ultramarins. Sans succès.

Des Polynésiens qui savent ce qu’ils veulent

De toute façon, comment aurait-on pu mettre tout le monde dans le même groupe, compte tenu des intérêts de chacun des dix territoires ultramarins. Certes, ils ont des souffrances communes, mais ils ne partagent pas tout forcément tout. C’est d’ailleurs pour cette qu’on dit depuis longtemps, les Outre-mer et non l’Outre-mer. Le pluriel a son importance quand on entend les Polynésiens du Tavini huira’atira, par exemple. Bien que leur territoire soit déjà doté déjà d’une large autonomie, ils défendent l’idée d’une indépendance totale, avec l’instauration (si la France le veut bien) d’une nouvelle relation de coopération avec Paris. Et, ils n’entendent pas faire l’impasse sur leur conviction de gauche pleine et entière. C’est donc logiquement que ce groupe des Outre-mer a été amputé de plus de 80 % des députés ultramarins et ne doit son salut qu’à l’attelage mis en place avec dix élus de l’Hexagone et de Corse.

Comment mieux se faire entendre face aux cadors

C’est, de ce fait, un échec dans le processus de constitution d’un vrai groupe des Outre-mer, mais tout n’est pas perdu. Le nouveau chantier consiste à rendre efficace cet outil parlementaire. Il n’est pas dit que Max Mathiasin, si pugnace pendant cinq ans, en étant dans le groupe majoritaire, le sera plus facilement dans cette assemblée tricéphale où les défenseurs des idées d’Ensemble, de la NUPES et du RN, auront sans doute à cœur de montrer leurs forces, voire leur hégémonie par rapport aux petits groupes, tels que LIOT ou encore et les Socialistes et alliés, en désaccord avec la NUPES. Élément d’appoint ou authentique influenceur de la politique présidentielle ? On verra quel rôle peuvent jouer les petits groupes au fil des séances.

Rendez-vous dans cinq ans

Quoi qu’il en soit, il faudra que les intérêts des territoires des Outre-Mer soient sérieusement défendus, quel que soit le bord politique et peu importe son groupe, sinon il faudra envisager autre chose, un autre dispositif pour l’épanouissement de cette France à part, depuis tellement longtemps. Et on en voit régulièrement les conséquences.

On saura donc, dans cinq ans (peut-être avant), si le groupe LIOT était une bonne idée. Pour l’instant, disons que c’est une initiative qui montre la volonté de faire différemment pour ces territoires si particuliers, si diversifiés et si proches par leurs handicaps. L’ancienne ministre des Outre-mer, Yaël Braun-Pivet, démissionnaire un mois après sa nomination, a mis en évidence le faible intérêt porté à ces territoires. Élue présidente de l’Assemblée nationale, ce mardi 28 juin 2022, il faut espérer que, de son perchoir, elle ne les regardera pas de haut.

Composition des dix groupes et liste des neuf députés non inscrits

Le groupe NUPES
L’intergroupe NUPES a fait une rentrée en force avec, entre autres, dix-sept députés des Outre-mer dont dix du groupe Gauche démocrate et républicaine. C’est peut-être la NUPES, le vrai groupe des Outre-mer. ©marsl.fr

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