Que faire maintenant en Outre-mer ?

Outre-mer, Présidentielle : les législatives peuvent tout changer
Après les résultats obtenus par Marine Le Pen au second tour de la présidentielle, Maître Jean-Claude Beaujour, avocat et consultant sur CNews s’interroge : Que faire maintenant en Outre-mer ?

Lors du second tour de l’élection présidentielle, la candidate du Rassemblement National est arrivée en tête dans plusieurs territoires d’Outre-mer.

Qui eût dit, 70 ans après la loi sur la départementalisation visant à faire entrer les « quatre vieilles colonies » (Guadeloupe, Martinique, Guyane, Réunion), comme aimait à le dire Gaston Monnerville, dans le champ de la République « à part entière », qu’une majorité d’électeurs se prononcerait très largement pour le Rassemblement National de Marine Le Pen ? Personne n’aurait parié 1 euro sur ces résultats dans ces départements qui ont toujours marqué leur hostilité aux thèses de ce parti, jusqu’à la venue même de Jean-Marie Le Pen puis de Marine Le Pen dans leurs îles.

Oui, Gaston Monnerville, Félix Eboué, Raphaël Elizé doivent se retourner dans leurs tombes, sans compter tous les anonymes qui ont œuvré au quotidien pour gagner le droit d’être des Français à part entière !

Légitime désespérance d’une population

Tout d’abord, ce vote en faveur de Jean-Luc Mélenchon au premier tour, puis de Marine Le Pen au second tour, à chaque fois avec une faible participation, traduit avant tout la légitime désespérance d’une population dont le taux de chômage atteint 21% et le taux de pauvreté est 5 fois plus élevé que la moyenne nationale.

La population qui vit Outre-mer considère que depuis longtemps les gouvernements successifs n’ont pas répondu à ses préoccupations, qui sont pourtant très simples : emploi, santé, pouvoir d’achat, logement, sécurité, et enfin accès à l’eau et à l’électricité. Les récents débats autour de l’égalité réelle ne sont pas à la hauteur des enjeux de nos concitoyens et, en tout état de cause, sont inaudibles.

Défiance de la population vis-à-vis du pouvoir central

Ensuite, les résultats des 10 et 24 avril traduisent le fait que le pouvoir politique, quel qu’il soit, doit pour asseoir sa politique disposer de relais au-delà des seuls élus locaux. Si l’on veut être lucide, la tergiversation de nombreux élus face à la nécessité de tenir un discours clair, comme des élections toujours marquées par une abstention massive, rendent leur représentativité non pas juridiquement, mais politiquement insuffisante.

La crise sanitaire a par ailleurs jeté une lumière particulièrement crue sur le degré de défiance de la population vis-à-vis de la parole des pouvoirs publics et, singulièrement, sur le pouvoir central.

Le sentiment d’un déni de justice caractérisé face à l’affaire du Chlordécone explique aussi la difficulté du gouvernement à communiquer sereinement sur les enjeux sanitaires et à faire respecter les mesures de protection sanitaire et il a fait le lit de l’échec de la vaccination.

Sentiment d’effondrement des pouvoirs publics

Enfin, ce scrutin est la traduction d’un sentiment d’effondrement des pouvoirs publics dans ces territoires perdus de la République. Ces régions d’Outre-mer pétries de l’idéal républicain, dont les enfants, adolescents pour certains, les « dissidents », partirent en pleine nuit rejoindre les Forces Françaises Libres contre l’Allemagne nazie, sont celles qui crient depuis des décennies à l’injustice et au désespoir.

Comment ne pas entendre ces cris et comprendre qu’il faut désormais tout changer et ne plus se contenter des habillages à la marge.

La première piste d’action est de nature purement politique et devrait consister à élaborer rapidement un pacte d’avenir porté par le Président Emmanuel Macron lui-même ; car il faut revenir à l’essentiel ! On oublie avec facilité que la République doit son ancrage en France à un de ses fils d’Outre-mer : feu François-Marc Godissart député de la Martinique dont la vote fit basculer la France vers le régime républicain ! Et ces terres lointaines, colonies d’hier, départements de France aujourd’hui, veulent parler directement au 1 er magistrat de France : Le président de la République. Ce vote est une défiance et un cri d’alarme qu’il doit entendre !

Élaborer un pacte d’avenir pour l’Outre-mer

Le président doit initier dès la fin du printemps des États généraux visant à élaborer le pacte d’avenir, car le sujet n’est pas seulement économique, il est avant tout sociétal. Venir vers les Guadeloupéens, les Martiniquais, les Guyanais, les Réunionnais ! Et malgré le contexte international tendu, le président de la République devra prendre son bâton de pèlerin pour entamer ce tour de France !

En deuxième lieu, il n’est plus audible d’avoir des citoyens de seconde zone à l’égard desquels l’Etat semble impuissant. Mais si l’Etat ne peut pas tout, il est dans la mission régalienne de celui-ci de s’assurer que les Français qui vivent en Outre-mer puissent jouir des mêmes droits que leurs concitoyens de l’hexagone. A ce sujet, la résorption de l’habitat insalubre s’impose comme une urgence ainsi que des mécanismes efficients et transparents permettant à court terme de rendre à 120.000 logements insalubres une condition acceptable. En s’attaquant au logement indigne on s’attaque également à l’insécurité qui mine les familles. L’accès à l’eau, qui devrait ne pas être un sujet en France, l’est pourtant dans cette partie de la France. Non, définitivement, aucune explication de dysfonctionnement institutionnel ne peut justifier une telle situation.

L’Outre-mer doit cesser de constituer un angle mort

Enfin, « le réflexe Outre-mer » un temps promu par le premier ministre Edouard Philippe, et que certains appellent de leurs vœux, doit s’incarner dans le récit national.

Les territoires d’Outre-mer doivent cesser de constituer un angle mort de l’histoire et de la culture nationale. Le sentiment de relégation aux oubliettes de la République est accentué par le constat que, si la population ultramarine est parfaitement informée du moindre fait divers survenant dans l’hexagone, rares sont les occasions où l’actualité ultramarine mobilise l’attention de l’ensemble de la communauté nationale.

L’Outre-mer ne doit plus être une base avancée des entreprises nationales

Par ailleurs, les régions d’Outre-mer doivent constituer une base avancée des entreprises nationales qui doivent s’en servir comme lieu d’implantation de leurs centres de Recherche et Développement au service de la science et des technologies. En effet, grâce au CIR relevé de 30 à 50% en Outre-mer, il faut désormais mobiliser toutes nos grandes entreprises pour les inciter dans les années qui viennent à y implanter une partie de leur recherche, notamment dans le domaine des énergies renouvelables. L’Outre-mer a grand besoin d’emplois de haut niveau pour avoir une économie de qualité et maintenir sur place des jeunes très diplômés qui hélas aujourd’hui partent pour ne plus revenir.

L’occasion de revisiter l’avenir de notre pays

Les grandes entreprises bénéficieraient alors d’un bonus favorisant leur notation extrafinancière, attirant ainsi les investisseurs et la reconnaissance des efforts réalisés pour construire une société durable et soutenable. De même que dans le prolongement du One Planet Summit de février 2022, les régions d’Outre-mer ont une vocation naturelle à accueillir les projets de recherche visant à lutter contre la pollution des océans et pour la protection de la biodiversité, étant donné leur proximité avec l’Atlantique, l’Océan indien et le Pacifique.

En réalité, ce qui s’est produit en Outre-mer les 10 et 24 avril 2022 et qui pourrait s’étendre au reste du pays si nous n’y prenons pas garde, doit être l’occasion maintenant, plus que jamais, de revisiter l’avenir de notre pays. La souveraineté française dont il est beaucoup question se joue aussi au travers de l’avenir réconcilié de l’Outre-mer avec l’ensemble de la nation, car l’Outre-mer c’est la France !   

NEWSLETTER

Merci d’entrer votre email ci-dessous :

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.


*